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La lettre qui se trouvait dans ce livre de la bibliothèque Rose n'était pas destinée à être lue par un enfant...
Johan Montembourg était un jeune garçon de dix ans. Il était blond avec de petits yeux bleus ; c'était un enfant calme qui ne posait aucun souci. Il vivait seul avec sa mère, dans un petit village près de Rouen. Son père était décédé en 1982 alors qu'il n'avait qu'un an. Dans sa famille, on ne parlait jamais de la mort de son père. Il avait été tué dans un accident de voiture : c’est la seule chose que Johan savait. Sa mère avait reporté toute son affection sur lui ; elle le protégeait, le choyait et avait toujours peur qu'il lui arrive quelque chose de grave. Johan avait rarement le droit de sortir avec des amis, sa mère préférait qu'il reste auprès d'elle, en sécurité dans leur immense maison.
Pour s'occuper, Johan passait de longues heures dans la bibliothèque à feuilleter toutes sortes de livres. Il était passionné par la lecture.
Un après-midi de l'été 1991, Johan cherchait ce qu'il allait bien pouvoir lire. Les rayons de la bibliothèque étaient fournis et il n'avait que l'embarras du choix. Il se décida pour Le bon petit diable de la comtesse de Ségur. Alors qu'il commençait sa lecture, une feuille de papier tomba du livre. C’était une lettre : le contenu de cette lettre le bouleversa.
Madame Montembourg,
Nous détenons votre mari. Si vous voulez le revoir vivant, venez seule le mardi 14 février au parking souterrain de la place St Marc avec un million d'euros en petites coupures.
Si vous tenez à la vie de votre mari, ne contactez pas la police.
Johan était paniqué : son père n'était donc peut-être pas mort dans un accident de voiture ? Qui étaient les ravisseurs et pourquoi voulaient-il tuer son père ? Toutes ces questions se bousculaient dans sa tête.
Il se calma et réfléchit à la façon dont il devait s'y prendre pour découvrir la vérité. Il n'avait ni le courage ni l'envie d'aller demander des explications à sa mère, il pensa que cela la ferait trop souffrir.
Dans un premier temps, Johan se dit qu'il pourrait trouver des informations en consultant les journaux de l'époque. Il se rendit à la médiathèque où la responsable l'aida dans ses recherches. Il trouva dans la rubrique des faits divers des quotidiens régionaux quelques lignes concernant l'accident de voiture qu'avait eu son père :
M. Montembourg, un habitant du village de Ménille, a trouvé la mort dans un accident de voiture. Le conducteur a perdu le contrôle de son véhicule et a terminé sa route dans un ravin.
Johan n'apprit rien de plus et il se demandait bien qui pourrait l'aider à résoudre cette terrible histoire.
Le jeune garçon lisait beaucoup de romans policiers ; très souvent l'énigme y était résolue par un détective privé. Il prit dons la décision d'en rencontrer un. Il y en avait sûrement un à Rouen. Il trouva facilement l'adresse de Victor Louvet dans les annonces d'un journal. Sous prétexte d'une invitation à l'anniversaire d'un camarade de classe, Johan prit le bus en direction de Rouen pour se rendre au bureau du détective. Celui-ci devait avoir la trentaine ; il était grand, mince et portait une longue veste bleu marine. Le jeune garçon lui expliqua la situation et lui donna la lettre. Le détective l'examina. Cette nouvelle affaire l'intéressait beaucoup, même s'il savait qu'il ne toucherait aucun salaire. Il avait envie d'aider cet enfant. D'abord, il devrait faire des recherches sur le père de Johan, son métier, ses amis, ses habitudes, rien ne devrait être laissé au hasard. Johan avait confiance, ce détective finirait bien par découvrir la vérité.
Dès le départ de Johan, Victor Louvet se mit au travail. Très vite, il découvrit que M. Montembourg était un homme d'affaire réputé qui avait fait fortune. Il semblait mener une vie sans souci auprès de sa jeune femme. Néanmoins, le détective découvrit quelques indices intéressants. En effet, M. Montembourg faisait de nombreux voyages à l'étranger. Mais qu'allait-il y faire ?
Des recherches plus approfondies permirent d’apprendre que le père de Johan s'était installé depuis quelques années dans la région de Rouen mais qu'il avait vécu à Marseille. Là-bas, bien des années plus tôt, il avait été condamné pour trafic de drogue. On était bien loin de l'homme tranquille et respectable que tout le monde connaissait. En fait M Montembourg faisait sans aucun doute partie du milieu des trafiquants marseillais.
M. Louvet décida de rencontrer Mme Montembourg pour obtenir plus d'informations. Le lendemain, il lui téléphona et lui dit tout sur la visite de son fils et la découverte de la lettre. Mme Montembourg était stupéfaite ; malgré tout elle accepta le rendez-vous que lui proposa M Louvet.
Victor vit arriver une très jolie femme. Elle était très nerveuse et il dut d'abord la rassurer avant de pouvoir parler avec elle.
Mme Montembourg parla de son mari qu'elle avait beaucoup aimé au début, puis qu'elle avait haï quand elle avait découvert tous ses trafics. Elle n'avait jamais eu le courage de le quitter car elle s'était habituée à vivre dans le luxe. Elle expliqua longuement que son mari était prêt à tout pour obtenir toujours plus d'argent, qu'il était toujours dans de mauvaises affaires. Elle finissait même par en avoir peur car il était parfois violent. A la naissance de Johan, elle avait supplié son mari d'arrêter, mais pour lui c'était impossible. Enfin elle avoua, que quand elle avait reçu la lettre de menaces alors que son mari était absent depuis quelques jours, elle n'avait rien dit ni rien fait. Pourtant elle savait que cela allait mal finir, mais c'était la seule chance de se débarrasser de son mari.
Victor Louvet ne comprenait pas pourquoi elle n'avait pas détruit cette lettre si compromettante. Mme Montembourg lui expliqua qu'elle était dans la bibliothèque avec la lettre au moment où sa voisine était entrée dans la maison. Prise de panique, elle avait caché la lettre dans le premier livre à sa portée. Ensuite, tous les événements s'étaient succédés très vite et elle avait tout simplement oublié l'existence de la lettre.
Mme Montembourg était en larmes dans le bureau du détective. Elle était terrorisée à l'idée que son fils apprenne cette terrible vérité. Ce n'était pas possible, il ne le supporterait pas. Pour tout le monde, son mari était mort dans un accident de voiture ; personne ne savait que cet accident avait été provoqué par des malfrats qui trafiquaient avec lui. Que tout le monde apprenne la vérité ne serait pas la bonne solution. Victor Louvet était consterné par cette histoire et il prit le temps de réfléchir à la suite à donner à cette affaire ; s'il révélait la vérité, la vie du jeune Johan allait être bouleversée. Il était touché par la détresse de Mme Montembourg et son enquête ne l'amènerait jamais aux vrais coupables. Même s'il était évident que Mme Montembourg avait une part de culpabilité dans cette affaire, M. Louvet ne souhaitait pas la dénoncer.
En accord avec Mme Montembourg, ils décidèrent de ne rien révéler à Johan. Quelques jours après, M Louvet revit Johan et lui dit qu'il ne savait pas d'où pouvait venir cette lettre mais qu'il avait la preuve que son père était mort dans un accident de voiture.
Johan avait été perturbé par cette histoire, mais il y avait eu un bon point dans cette histoire, il s'était trouvé un nouvel ami : Victor Louvet. Ce dernier aimait beaucoup la compagnie de Johan : cet enfant vif et intelligent lui rendait de petits services. Ensemble, ils se sentaient bien. M. Louvet se disait qu'un jour, le jeune garçon pourrait bien devenir son associé. Aujourd'hui, Johan passe tous ses mercredis après-midi à Rouen, avec M Louvet, pour en apprendre plus sur ce métier passionnant de détective privé.
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