Partager l'article ! Changer d'air: par Romane Chambeaudrie Cette nouvelle a été primée au concours d’écriture de nouvelles du Festival de Littérature de ...
Cette nouvelle a été primée au concours d’écriture de nouvelles du Festival de Littérature de Jeunesse de Rouen
2008. Elle a été éditée dans le recueil Inspiration et autres nouvelles.
En été 2003, dans le petit village de Cogolin, il fait une chaleur étouffante. Depuis le début de l’été, le thermomètre affiche des températures records ; c'est sans aucun doute la canicule du siècle.
Les habitants peinent à travailler, la chaleur les engourdis, ils manquent d'énergie. La flore montre elle aussi des signes de souffrance. La terre est craquelée tant elle manque d'eau. Les légumes et les fleurs sont tristement affalés sur le sol. La pénurie d'eau touche tout le monde dans ce petit village provençal.
Non loin de là, dans la forêt des Maures, s'étend une pinède ancestrale. Enracinés depuis des siècles dans cette terre accueillante, vivent Cytius et Sylvestre, les deux doyens de ce massif des Maures. Ils en ont vu défilé des orages, des coups de vent et des chaleurs insupportables. Mais ils sont toujours là, majestueux, élancés vers le ciel, invulnérables.
Mais depuis le mois de mai, Sylvestre sentait bien que l'air était plus sec et la chaleur plus intense. Il était fatigué et avait parfois du mal à respirer. Inquiet, il décida de se confier à son ami le grand Cytius.
− Mon cher Cytius, depuis quelque temps, je me sens las, il me semble que l'air est de moins bonne qualité. Avec cette chaleur, la pollution stagne et nous asphyxie petit à petit.
− Tu as raison Sylvestre. Moi aussi j'éprouve des difficultés à respirer, la sève circule moins bien dans mes ramifications et mes feuilles se flétrissent. Je crains pour la survie du petit Pinus, ses racines ne sont pas encore ancrées en terre et le manque d'eau pourrait lui être fatal.
Sylvestre rajouta :
− Ce climat est propice aux incendies. J'ai entendu dire qu'au col de Taillude un incendie a déjà ravagé une partie de la forêt. Nous ne sommes pas à l’abri de tous ces touristes qui arpentent nos chemins, laissant derrière eux leurs détritus. Nous ne sommes pas non plus à l’abri des pyromanes.
− Tu as raison, rétorqua Cytius, l'inconscience des hommes est dangereuse, elle nuit à la survie de notre espèce. Par ce temps, une simple étincelle peut nous détruire.
Les jours se suivent et la température ne cesse d'augmenter, peu à peu la panique gagne la région, tout le monde est sur le qui-vive.
Vers le début de l'après-midi du 19 juillet 2003, le soleil culmine au zénith. L'air devient peu respirable, pourtant quelques promeneurs sont dans la forêt.
Sylvestre pressent le danger et prévient Cytius :
− Je sens qu'une catastrophe nous guette. As-tu remarqué le comportement étrange des animaux ces temps-ci ?
− Oui, j'ai vu les écureuils partirent, les chevreuils et les cerfs s'enfuir et les sangliers courir loin de la forêt.
Une chaleur et une odeur âcre donnent l'alarme : un incendie a été déclenché à proximité. La pinède gronde de colère car un pyromane a encore sévi. Aussitôt, Sylvestre et Cytius décident de réunir les arbres de la pinède et des forêts alentours.
Sylvestre, l'ancêtre de l'assemblée, pris la parole en premier :
− Mes amis, l'heure est grave, nous sommes tous en grand danger. Quelqu'un est-il au courant des dégâts qui ont été causés par ce début d'incendie ?
Un grand sapin lui répondit :
− Nos amis situés à l'orée de la forêt n'ont pas survécu ; pourtant les sapeurs-pompiers sont intervenus très rapidement. Pour le moment, le feu est maîtrisé, mais vous savez comme moi qu'il continue de couver sous les cendres pendant plusieurs jours.
− Tu as raison, reprit Sylvestre. Il faut rester vigilent. Je pense que nous pouvons compter sur la caserne de Cogolin pour effectuer des rondes de surveillance. Mais les hommes sont si vulnérables face au feu.
En entendant parler ses pairs, Pinus prit panique et s'écria :
− J'ai peur, je suis si petit, les flammes me détruiront en peu de temps. Je voudrais tellement grandir et voir mes branches s'élancer vers le ciel.
Devant le jeune arbrisseau, Cytius chercha des paroles de réconfort.
− N'aie pas peur mon petit, il existe encore des êtres humains qui protègent la nature. Ils vont tout faire pour que la forêt soit épargnée.
La communauté des pins du Massif des Maures était désespérée ; chacun savait que l'été serait douloureux.
À la nuit tombante, la forêt était redevenue paisible et la nuit passa sans inquiétude. Mais dès le matin, une forte odeur de fumée réveilla la pinède. Le vent a attisé les cendres et le feu est à nouveau bien vivant.
Les pompiers alertés par leurs collègues effectuant la surveillance de nuit arrivent en renfort. On entend retentir les sirènes et au loin, gronder le Canadair. La peur a gagné toute la forêt. Sylvestre et ses amis se retrouvent seuls face au danger.
Déjà les flammes crépitent dans les broussailles et gagnent du terrain malgré les lances des pompiers. La température devient insupportable. Sylvestre, Cytius et le petit Pinus suffoquent. La sève bouillonne sous leur écorce.
Plongé dans le désespoir total, Cytius s'égare dans ses pensées. Il rêve d'une grande étendue boisée, gorgé d'oxygène où la pureté de l'air est un délice. Cytius veut changé d'air, respirer librement, ne plus jamais sentir cette chaleur et cette fumée qui l'emmène vers la mort.
Au dessus de lui, le lieutenant Belau, aux commandes de son Canadair largue son précieux chargement. Cytius revient à la réalité au moment où il reçoit des litres d'eau tombé du ciel. À une centaine de mètres de là, l'incendie fait rage, encouragé par le puissant mistral. Tout va très vite, le Canadair est reparti faire le plein et les pompiers au sol font ce qu'ils peuvent devant la démesure des flammes. Tout à coup, le vent se met à souffler en bourrasque et l'incendie traverse la forêt en quelques secondes. Sylvestre et ses deux compères sentent les flammes lécher leurs écorces et pensent que la fin est proche.
Le lendemain, dans le journal de Cogolin, on apprend qu'une partie du Massif des Maures a été épargnée grâce à la puissance de vent. En une traînée de poudre, les flammes ont traversé la pinède et ont simplement noirci les troncs. Les arbres, blessés superficiellement, pourront survivre. Sylvestre et Cytius verront reverdir la forêt ; mais leur jeune protégé Pinus n'aura pas cette chance car il n'a pas survécu.
Romane CHAMBEAUDRIE
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